Ce soir, la discussion s'axera sur... la mort.
Que c'est joyeux, n'est-ce pas? Ca sent les oiseaux et les fleurs fraîches.
Ce qu'il y'a de bien, avec mes amis, c'est qu'après la déconnade, arrive la... la sérieusade. Arrivant donc à McDo, jouissant de nos trois verres canettes rose gay pride, nous nous asseyons à
table afin d'y déguster de magnifiques hamburgers mayonnaiseux et des frites molles. Ca donne pas envie, hein? Mais qu'est-ce que c'est bon.
Et puis, au milieu de l'odeur de friture, arrive le sujet épineux du deuil. Deux contre un, la bataille sera serrée, et mon côté entièrement soumis qui donne raison pour ne pas que les problèmes
enflent va en prendre un sacré coup. D'un côté Benjamin et Gwendoline, pragmatiques, qui n'aiment pas embêter les autres avec leurs problèmes, et qui viennent en cours avant les enterrements. De
l'autre, votre humble serviteur -c'est à dire moi- qui, au bout de bientôt 3 ans, a encore du mal à passer outre la disparition des envolés. Le ring est ouvert, ça hurle dans la foule, les
glaçons au fond des Coca fondent, c'est l'Apocalypse.
Alors, oui, effectivement. J'ai perdu beaucoup de personnes en peu de temps. Et oui, effectivement, je préfère rester enfermer chez moi, dans le noir, dans mon lit, à me rouler dans les
couvertures, et oublier le monde dehors, plutôt que d'affronter des regards vivants qui me diraient : " Voilà. Leurs regards à eux, tu ne les verras jamais plus. "
Mes amis, eux, favorisent le contact avec le monde, disent qu'une fois dehors, les problèmes restent à l'intérieur. Certes. Mais que faire lorsqu'on rentre à la maison? Se laisser submerger une
fois encore par ce qui nous bouffe, alors qu'on avait réussi à passer au travers pendant quelques heures? Là, ça bloque, et je sens qu'à l'intérieur de moi, tout se bouscule, et même si ça ne se
voit pas, mon visage se braque, et j'ai du mal à exprimer mes théories. Je me suis trouvé bien stupide face à deux personnes dont la force de caractère n'est plus à prouver. Et pendant qu'ils
parlent, je sens son ombre qui vient caresser lentement mon dos, qui me souffle dans la nuque, à m'en donner des frissons. Je sens qu'il est là, tout près, qu'il m'observe. Je ne dis rien. Je me
tais. Capitulation.
Gwendoline : " Si jamais personne ne te brusque, tu vas finir aussi frêle qu'une ampoule sur un fil de soie. "
Elle me l'a dit, il y'a quelques minutes. Ca sonne comme un avertissement, n'est-ce pas? Comme quand le dentiste nous dit d'éviter les sucreries, parce que les
caries nous guettent. Ma question est la suivante : Quand le fil de soie s'effrite, le destin de l'ampoule est-il garanti?
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